Boutiers-Saint-Trojan (16058)



Géographie historique et communale de la Charente.... par J. Martin-Buchey,... Martin-Buchey, Jules (1850-1918).

COMMUNE DE BOUTIERS-SAINT-TROJAN

Superficie = 704 hect. ; Population = 820 habitants.

Cette commune est formée par la réunion des deux anciennes  paroisses de Boutiers et de Saint-Troj an, et néanmoins sa su perficie n'est que de sept cent quatre hectares. Une population de huit cent vingt habitants, soit cent seize habitants par kilomètre carré, est répandue sur ce territoire. Si la population est aussi dense, cela tient au voisinage de la ville de Cognac, dont Boutiers est presque un faubourg.

Cette commune est limitée, au sud-ouest, par la Charente et au sud-est, par un affluent de ce fleuve, la Soloire. Les vallées de ces deux cours d'eau renferment d'excellentes prairies. Le plateau qui les sépare est couvert de beaux vignobles, comprenant environ le quart de la surface de la commune. Les autres cultures sont un peu délaissées et le vignoble tend à prendre une place de plus en plus grande.

On y remarq ue principalement trois propriétés im portantes :
Belair, à Mme Hériard ; l'Ecard, à M. Pérodeau et la Grande Métairie, à M. Morisset.

Une industrie florissante à Boutiers, industrie très ancienne, consiste dans la fabrication des tuiles et des briques. On rencontre,
en effet, dans la commune,de nombreuses et importantes tuileries.

La principale voie de communication est le chemin de grande communication N° 24 de Barbezieux à Macqueville, qui traverse la Charente au pont de Châtenay. (...)
Le bourg de Boutiers (346 hab.), à trois kilomètres nord-est de Cognac, se dresse, dans une situation pittoresque, au sommet d'une colline, qui domine la vallée de la Charente. Son église datait du douzième siècle ; elle avait la forme d'un carré long, voûté en ogive romane. Cette église, démolie depuis longtemps, est remplacée actuellement par un édifice moderne.

Boutiers était, au Moyen-Age, le siège d'une commanderie de Templiers,qui fut supprimée en même temps que les autres établissements de cet ordre. Cette commanderie releva ensuite de l'ordre
de Malte ; puis, au dix-huitième siècle, elle appartint aux chanoines réguliers de St-Antoine de la Grande-Lande, qui la vendirent à M. de la Ville. Elle passa ensuite aux mains du comte d'Artois,
puis elle fut morcelée entre divers propriétaires.

Près de la Charente, à la sortie du pont de Chàtenay, s'élève la jolie petite église de Saint-Marmet, malheureusement en ruines.

C'était un carré long avec une voûte en ogive romane et une fenêtre en plein cintre. La voûte du sanctuaire devait être d'une époque postérieure.

Saint-Trojan (134 hab.) est situé au sud de la commune, au dessus de la vallée de la Soloire. L'église, classée parmi les monuments historiques, peut dater du douzième siècle. Son portail, en plein cintre, est assez bien conservé, ainsi que son clocher, à deux étages.  Saint-Trojan possédait un château qui était habité par les seigneurs du lieu et où se plaisait Louise de Savoie, mère du roi François Ier.

La seigneurie de Saint-Trojan fut pendant longtemps unie à celle de Saint-Brice. Dans les premières années du seizième siècle, elle était possédée par François Gasteuil, chevalier, époux de Jeanne de
Livenne. Leur fille, Catherine Gasteuil, épousa, vers 1515, Jean Poussard, seigneur de Fors, chambellan du duc d'Alençon.(...)
A la fin du dix-huitième siècle, la seigneurie de Saint-Trojan appartenait à la famille de Maulevrier.

A la limite de la commune de Cherves, près de la Charente, se voit un grand bâtiment, près duquel s'élevait un château aujourd'hui disparu : c'est le Solençon, siège d'un fief dépendant de la
paroisse de Boutiers et appartenant autrefois à Pierre de Rohan seigneur de Gié, qui fut maréchal de France.

En 1467, le Solençon fut acquis, en même temps que Tourteron, par Charles d'Orléans, qui consacra à ces deux acquisitions la somme de neuf cents écus d'or.

La terre du Solençon fut possédée par les Valois-Angoulême jusqu'après le règne du roi François Ier; elle fit partie du duché pairie d'Angoulême créé par ce prince en faveur de sa mère. Le comte Jean d'Angoulême avait créé au Solençon un vaste étang aujourd'hui desséché et remplacé par une magnifique prairie.

Plus tard le Solençon fut engagé et eut des seigneurs particuliers.(...)
Après la mort de M. de la Tour, le Solençon passa dans la maison de Brémond d'Ars par le mariage de la plus jeune de ses filles, Marie de La Tour, avec Jacques de Brémond d'Ars. Ce dernier, qui tout d'abord s'était fait moine, était sorti de son couvent, après la mort de ses deux frères, pour figurer à la tête de sa maison.

En 1756, Marie-Madeleine de Brémond, qui avait épousé le marquis de Verdelin, vendit la terre du Solençon à M. de La Ville, ancien receveur des finances, qui avait longtemps habité Saint-Domingue. En 1772, le duc de La Vauguyon, gouverneur de Cognac, qui avait obtenu du roi les châtellenies de Cognac et de Merpins en échange d'une partie de la forêt de Senonches, se rendit acquéreur de la seigneurie du Solençon ; cette seigneurie fit ensuite partie de l'apanage du comte d'Artois.

Ce dernier songea à utiliser le Solençon pour y installer une raffinerie de sucre ; mais le roi n'ayant pas donné son approbation à ce projet, il fut abandonné. C'est à ce moment que le château fut démoli et qu'il ne subsista que le grand bâtiment que nous voyons encore aujourd'hui.

En 1791, le domaine du Solençon fut mis sous séquestre, ainsi que les autres biens du comte d'Artois et régi d'abord par M. Caminade, puis, à partir de 1793, par les préposés de la régie nationale.
Il fut mis en vente en 1833.(...)


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